Entretien avec Franc Rottier, à propos de Marguerite Duras, Moïse beggue et Jacob boiteux. #Handicaps

L’image contient peut-être : une personne ou plus et plein air
Isabele Fran Rottier à Marseille, été 2018. Par Sara-Aviva.

En introduction, je cite ici un texte écrit par Isabelle F. R. Elle écrit : « En fait, il y a longtemps déjà que je songeais à vous sensibiliser au sujet du «  hand in cap » . Vous faire toucher du doigt ces défaillances des corps. A priori c’est bénin, c’est malin. Pas de quoi s’affoler ! Ö ce n’est rien, c’est juste quelque chose qui nous nargue .. juste un défaut d’être. » Le mercredi 21 juin, Isabelle Franc Rottier a fait vibrer les musiques du corps. Car les maladies, les handicaps, les accidents de la vie sont en quelques sortes : des danses de la vulnérabilité qui nous gouvernent, avec leurs nouvelles vies… Ce texte d’Isabelle –  auteure de l’intérieur – a connu une audience nouvelle (800 lectures en 48 heures) ; cette approche durasienne vaut bien le détours…, là est la raison pour laquelle je publie ce texte sincère et au ton juste.  Ainsi le texte est republié mais augementé d’un entretien avec Isabelle. 

 

Isabelle, peux-tu me parler du rapport que tu entretiens avec Marguerite Duras, comment
tu l’a rencontrée dans ses écrits et quels sont les liens que tu peux voir entre cette
dernière et la vie simple,  « matérielle » ?
Aimer duras c’est être atteinte d’une maladie que l’on sait d’avance être
incurable. Je n’oublierais jamais ces premiers mots. C’est avec L’Amant en
1984 que j’ai découvert Marguerite DURAS – MD. Je suis alors une jeune fille,
en première L, au lycée Camille Sée, et je passe les épreuves de français au
mois de juin. Je lis ces mots. Je reçois un choc. Une gifle. De celle qu’on
n’oublie pas. Jamais ! Je découvre cette sensation étrange de connaitre,
d’être en terrain connu, amical. Tout m’attire. Tout y est, le Viet Nam, la
chaleur, l’amant.. tout  participe de cet amour-là.  Ses mots expriment ce
que je sens, je ressens et que je sais. Elle c’est moi. Moi c’est elle. Au delà de
la différence d’âge, c’est un désir similaire, c’est un plaisir identique. Elle ne
joue pas Duras ! Elle ne fait pas semblant ! Elle est la femme. Elle a remis en
question la suprématie masculine en imposant sa propre syntaxe, en
partageant son intimité vraie ou inventée, peu importe !! Elle est le visage de
toutes les femmes, et toutes les femmes ont son visage…détruit dit-elle !
Cette destruction toutes les femmes la subissent, plus ou moins, avec l’âge.
Elle est celle derrière qui les femmes s’effacent, s’inclinent. Non, parce qu’elle
est belle, elle n’est plus belle, je ne sais pas ce que c’est mais je sais que
c’est là, présent. Il y a la douleur, de ce premier amour perdu; c’est toujours
ainsi un premier amour. Il faut le savoir ! Y être préparé. Elle convoque le
sexe, la douleur et l’amour. Une partie des élèves de la classe avaient
demandé à notre professeur de français, Mme EGROTTI, de présenter ce livre
en œuvre complète à l’oral. Ce fût un refus total de sa part. Quelle déception
! Elle disait que nous nous rendions pas compte de ce que cela impliquait
pour elle. Elle ne pouvait pas. Comment est-ce possible cela?

Encore aujourd’hui, l’éternelle question demeure Duras ou pas Duras ?
M.D. a tout dit.

Nous nous sommes rencontrées sur le thème du handicap, cela me fait penser au premier
nom que tu avais donné à ton blog. Or, selon-toi qu’est-ce qui fait encore résistance dans
la tête des gens en matière de handicaps ?

Encore trop souvent, les personnes en situation de handicap font figures de
monstres, je rappelle volontiers que dans le judaïsme, nombreuses sont les
figures héroïques en situation de handicap …Moise,

L’accueil de celles-ci est essentiel pour construire notre humanité. Cela la
majorité ne l’a pas intégré. Il faut oser dire que la différence se fait
uniquement en fonction du regard de celui qui regarde.

Il y a longtemps déjà que je songeais à sensibiliser les uns et les autres, au
sujet du «  hand in cap » . Leur faire toucher du doigt ces défaillances des
corps. A priori c’est bénin, c’est malin. Pas de quoi s’affoler ! Ö ce n’est rien,
c’est juste quelque chose qui nous nargue .. juste un défaut d’être.

Sincèrement, je suis hyper heureuse – ô j’aime à la folie certains préfixes –
que certaines de mes amies puissent être la source d’inspiration d’un bel
article ! Devenir une muse en quelque sorte. Heureuse de connaître ces
femmes qui sous des attitudes radieuses, gaies et enjouées, se révèlent être
de véritables guerrières. Leur quotidien ressemble à un combat acharné d’un
taureau dans l’arène. Chaque jour qui se lève, elles font preuve de volonté,
de générosité, de courage et d’altruisme, et tout cela malgré ce mal invisible
qui les détruit de l’intérieur. Il est temps de faire les présentations.

Hashimoto, vous connaissez ?

Enchanté

SEP, – Sclérose en plaque – non plus ?

Enchanté

Avec elles, vous apprendrez à ne pas vous fier aux apparences. Sans
distinction, la maladie frappe comme la foudre s’abat, au hasard,
littéralement sur un arbre et le scie en deux. A présent vous voyez l’interieur.
Ces maladies auto-immunes, personne ne les connait, personne ne les voit
pourtant elles sont bien réelles et font souffrir bien des malades.  Je me
rends compte de cela. Ce qui m’attriste c’est que bien peu de monde ose en
parler haut et fort !! Il y a une chape de plomb qi pèse sur ces maladies
méconnues. Il faut pour aborder le sujet avoir acquis une reconnaissance par
ailleurs. Enfin, quand vous faites la connaissance de l’une d’elle, vous ne
pouvez déjà plus les éviter. A la première minute, il est déjà trop tard.

Voulez-vous passer quelques jours avec nous ? Vous verrez que notre
compagnie est des plus attachante. Prise de poids, visage bouffi, doigts
boudinés, sècheresse cutanée, douleurs musculaires, état de fatigue, baisse
de la tension artérielle, symptômes dépressifs ; voici à quoi ressemble le
grand chaos orchestré par HASHIMOTO.

Quant SEP, le tableau n’est guère plus réjouissant. Troubles visuels. Troubles
de la sensibilité. Troubles moteurs.

Et il reste à conclure sur une  note d’espoir. Lequel ?  Quel que soit ce mal
toutes ces femmes nous servent d’exemple. On envie leur bravoure, leur
courage. Certes, elles sont plus fatiguées, oui, elles sont plus vulnérables
mais cela ne les empêche nullement de réaliser ce qui leur est cher. Accepter
ce qui nous différencie de chaque autre.

C’étaient toutes des femmes simples et sans histoires avant que la maladie
ne les déconnectent de l’insouciance.

Nous avons partagé six années ensemble. Et il se fait qu’à présent, nous pouvons tirer le
bilan d’une période de vie ponctuée de beaucoup d’échanges culturels. Toi qui lit
beaucoup, pourrais-tu dire à nos lecteurs ton avis sur la lecture et notamment sur la
transmission de la philosophie, la psychanalyse et la littérature ? Est-ce que pour toi, ces
dernières à la manière d’une « vie poétique » sont aussi une éthique ?

Je pourrais dire « j’aime » mais ce sonnerait faux, j’ai besoin de vous écrire timidement
depuis mon chaos intérieur. En ce qui me concerne, il m’a fallu placer la lecture au centre de
ma vie intérieure, spirituelle, culturelle. Je parle bien d’une nécessité. Elle est le pivot qui fait
que je me tiens droite. Je suis capable de passer d’un extrême à l’autre, c’est à dire de Marc
Lévy à M.D. Seule la lecture a donné une organisation à ce méli-mélo.

Ta pratique de l’écriture est-elle uniquement thérapthiqyue ou est-ce que ce blog qui est
lu par des milliers de personnes pourrait donner lieu à un témoignage littéraire en matière
de handicaps ?

Un jour, au hasard d’un échange, Olivier STEINER, avait suggéré un titre : « Une vie à ma
hauteur. ».
J’aime l’idée de s’écrire…prendre la plume pour parler de soi, il faut oser retirer la
couverture, oser s’exposer au regard de l’autre, ce serait même un devoir que l’on aurait
envers soi et les futures générations. Trouver le courage de parler de soi, c’est tisser un fil
d’Ariane, un pont entre deux regards ; celui d’avant, celui de l’après…Cela n’a rien à voir
avec le fait de faire l’éloge de soi, ni d’être impudique, c’est se mettre en position d’humilité,
de fragilité, de vulnérabilité et accueillir tous les matins du monde.

Est-ce que précisément tu recommanderais un livre qui peut faire objet de rampe de
« garde fou » au regard de la crise actuelle voire un écrit qui puisse nous guider dans nos
vulnérabilités ?

Il existe toute la panoplie des livres de philosophie, et les classiques, les auteurs tels que
Stendhal, Zola, bien sûr. Ceci n’est autre qu’un magnifique début. J’ai toujours désiré aller
plus loin. Pour ma part, je trouve tous les enseignements, toutes les réflexions dans les livres
du Pentateuque, et les Ketouvim. (On traduit souvent Ketouvim par le terme Autres
Écrits en français, le mot כתובים signifiant littéralement « écrits ». On les désigne aussi par
l'expression Livres Hagiographes ou simplement Hagiographes.). Ils aident à se construire
dans cette violence sourde du monde actuel, mais de l’intérieur, non pas en surface. Ils
donnent les repères nécessaires à trouver une liberté intérieure. Tout est dit, ici, c’est une
question d’intériorité.

Les mots sont cette vérité, il n’y a pas d’absolu, sur notre nudité originelle. Ils agissent à la
manière d’une couverture, c’est à dire, ils recouvrent et réchauffent, où, à contrario, ils
assassinent. Leur Eternité me semble être là dans cet espace, une forme d’élégance
rattachée à un tout, une structure, une personne. Ils ont cette capacité de pouvoir refermer
ou rouvrir les fissures enfantines.

Il existe l’ensemble des livres de philosophie, et les classiques, bien sûr. Ceci n’est autre qu’un magnifique début. Pour ma part, je trouve tous les enseignements, toutes les réflexionsdans le Pentateuque et les Ketouvim. (On traduit souvent Ketouvim par le terme Autres Écrits en français, le mot כתובים signifiant littéralement « écrits ». On les désigne aussi par l’expression Livres Hagiographes ou simplement Hagiographes.)

 

Auteur : Sara-Aviva Gerbaud

Né.e (Christophe, Jean, Patrick) le 5 juin 1979 à Montauban. Abandonné.e Adopté.e à six mois. Handicapé.E visuel.le. Enfance calme. Adolescence trés mélancolique. Premiers écrits à 18 ans. A 21 ans apprend qu'il /elle a une sœur et l'existence de sa mère biologique. Commence à se travestir. Recherches de famille biologique entamées s'avérant vaines. Etudes d'histoire de l'art (Deug), de philosophie (Master 2).A l'âge de 32 ans passe un second Master (sociologie) tout en enseignant la philosophie et la santé publique dans diverses institutions et en étudiant dans plusieurs associations (Paris VII, ALI APPS, Analyse Reichienne) la psychopathologie clinique. Après avoir été clinicien.e stagiaire pendant un an (2014/2015). A prés de 40 ans, l'écriture continue. Depuis 2017, reçoit en cabinet dans Paris, en musées ou par skype dans le cadre de séances de psychothérapie. Transition via hormonothérapie débutée en septembre 2018, à ce jour le changement d'identité juridique et de genre est en cours. Prénom féminin officialisé en mai 2019 : Sara-Aviva.   A présent 2019 : auteur.e de trois ouvrages publiés chez de petits éditeurs depuis 2017 et d'une vingtaine d'articles depuis 2003. Contact : 06 48 24 88 44 sara.aviva79@gmail.com

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